Point d'analyse #1 - L'importance du détroit d'Ormuz : rappel historique et enjeux actuels

Depuis le déclenchement, le 28 février 2026, de la guerre contre l’Iran par les frappes coordonnées d’Israël et des États-Unis, le conflit s’est étendu sur une grande partie du Moyen-Orient entre représailles iraniennes et opérations israéliennes au Liban. Nous vous proposons une série de points d’analyse pour décrypter ce nouvel embrasement, replacer ces développements dans leur contexte et comprendre ce qu’ils révèlent de notre époque et des relations internationales contemporaines.

Ce détroit d’une cinquantaine de kilomètres de largeur est devenu le centre de l’attention mondiale depuis le lancement des attaques israélo-américaines sur l’Iran. Dès le lendemain, ce dernier a décidé de progressivement bloquer de facto le détroit, créant une panique générale concernant le flux d’hydrocarbures. Entre 20 et 30 % du pétrole brut mondial transporté par voie maritime transitent par ce détroit, ainsi qu’un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL). Outre l’Iran, toutes les nations riveraines, notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, en dépendent fortement pour leurs exportations énergétiques, mais aussi pour leurs importations, surtout alimentaires.

Si cela peut paraître étonnant que Donald Trump et son entourage n’aient pas anticipé le fait que Téhéran ferme le détroit d’Ormuz, cela pourrait s’expliquer par deux raisons. D’une part, tout simplement parce que cela n’avait jamais eu lieu auparavant, malgré les menaces systématiques de Téhéran dans ce sens, y compris lors de précédentes crises majeures impliquant l’Iran comme la guerre Iran-Irak (1980-1988), la crise de 2019 ou la guerre des 12 jours contre Israël en juin 2025. D’autre part, il était largement admis qu’une fermeture prolongée du détroit aurait des conséquences tellement graves avant tout pour l’Iran, dont 90 % du pétrole brut transitent par Ormuz, qu’une telle décision semblait autodestructrice… sauf si Téhéran estimait que ses intérêts vitaux étaient menacés1.

L’ampleur des attaques coordonnées par les États-Unis et Israël a visiblement convaincu le régime iranien que c’était le cas. Parallèlement, cela démontre que Washington a sous-estimé la capacité de nuisance iranienne dans cette guerre asymétrique. D’autant plus que, la volonté de bloquer le détroit et d’en assumer les conséquences est la seule condition fondamentale à l’application de cette stratégie car, dans la pratique militaire, il n’est pas si compliqué d’y parvenir. En effet, des drones, des mines sous-marines et divers explosifs peu coûteux suffisent à l’Iran pour bloquer quasi complètement tout passage depuis le début du mois de mars. Cependant, plusieurs pays comme l’Inde, durement touchée par le blocage du trafic à Ormuz, sont en train de négocier avec Téhéran pour obtenir des laissez-passer2. Cela donne un levier diplomatique considérable au régime iranien.

Après le retrait contraint de son porte-avions l’USS Abraham Lincoln, le président étatsunien avait tenté de mobiliser ses partenaires européens de l’OTAN, ainsi que la Chine, pour qu’une opération collective se déploie afin de sécuriser le détroit d’Ormuz. Son appel a rapidement été rejeté, y compris par certains de ses alliés les plus enthousiastes depuis le début de la guerre, comme l’Allemagne3.

Certains observateurs avancent la thèse selon laquelle les États-Unis viseraient indirectement à profiter de la situation pour affaiblir la Chine, principale importatrice du pétrole iranien et dont une part significative des importations de GNL provient du Qatar via le détroit d’Ormuz. Or, cette approche est à relativiser car malgré l’importance des chiffres, la Chine disposerait des plus importantes réserves stratégiques de pétrole au monde, devant même les États-Unis4. De plus, contrairement à d’autres pays asiatiques comme le Japon et la Corée du Sud, alliés majeurs de Washington, la Chine possède des voies d’approvisionnement alternatives, notamment auprès de la Russie via des oléoducs et gazoducs reliant les deux pays. Celles-ci ne remplaceraient pas les importations massives provenant du Moyen-Orient mais adouciraient clairement le choc à court terme, tout en rapprochant davantage Pékin de Moscou sur le plan économique, ce qui serait clairement contradictoire avec la stratégie étatsunienne.


LEGEM

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